L’hypersensibilité chez l’enfant haut potentiel

Un enfant peut être hypersensible sans être haut potentiel. Mais s’il est haut potentiel et hypersensible, l’association de ces deux caractéristiques n’est pas à prendre à la légère ! L’extrême intelligence peut créer une sensibilité exacerbée, fragiliser et faire souffrir. Malgré la médiatisation croissante, les surdoués (2,1 % de la population en France, 2 à 3 élèves par classe) sont encore mal connus des psys, des chercheurs et des enseignants. La différence dérange et fait peur. Pourtant, lui donner du sens, c’est aider ces enfants à se comprendre pour grandir sereinement et s’épanouir.

Qu’est qu’un enfant haut potentiel ?

De nombreuses dénominations équivoques

Haut potentiel, surdoué, intellectuellement précoce, zèbre, etc. sont autant d’appellations souvent indifférenciées qui n’ont pourtant pas le même sens et ne recouvrent pas la même réalité. Être en avance sur les autres dans certains apprentissages ou avoir un QI autour de 130 ne caractérise en rien un enfant haut potentiel. Seules les particularités de son fonctionnement intellectuel et de son mode de pensée différent servent de point de repère :

⚡️ Le terme EIP (Enfant Intellectuellement Précoce), bien que considéré idéologiquement plus correct est trompeur et nuisible pour comprendre ces enfants.

⚡️ La surdouance ou surefficience n’est pas plus valorisante, car elle suppose être allouée d’un don supérieur.

⚡️ Actuellement la mode est au HP (haut potentiel), ou HQI (haut quotient intellectuel), comme si le sigle pouvait gommer ce qui dérange, ce qui fait trop… Avoir un potentiel élevé sous-entendrait-il d’en faire quelque chose de grand sous peine de le gâcher ?

⚡️ Quant aux « zèbres », c’est Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, qui a introduit ce qualificatif en 2002 pour souligner la différence sans la stigmatiser et rompre les codes liés à la notion de performance. Son idée vient du fait que « le zèbre est le seul équidé que l’homme ne peut apprivoiser, qui utilise ses rayures pour se dissimuler… » « qui est tellement différent tout en étant pareil ». Les rayures uniques du zèbre nous invitent à ne pas oublier l’individualité de ces enfants.

Des particularités sur les plans intellectuel et affectif

Sur le plan cognitif, l‘enfant haut potentiel se singularise par une intelligence atypique. Il doit être considéré dans la globalité de sa personnalité pour ne pas être confondu à tort avec un enfant qui aurait un potentiel intellectuel élevé. La principale particularité du cerveau des enfants surdoués est de perpétuellement traiter plusieurs informations en même temps et plus rapidement que la moyenne. L’inconvénient, c’est que l’esprit est toujours en ébullition et ne cesse de développer une pensée en arborescence (l’association d’idées se fait à l’infini). La structuration des idées devient difficile, l’enfant éprouve l’impression d’être perdu dans sa tête. Les autres caractéristiques souvent reconnues chez l’enfant haut potentiel sont les suivantes :

  • une insatiable curiosité (questionnements sans fin) ;
  • une grande capacité de raisonnement et de résolution de problèmes ;
  • une rapidité d’apprentissage ;
    une acquisition de la lecture précoce ;
  • une excellente mémoire ;
    une facilité à manier les chiffres, les lettres ou à réaliser des puzzles ;
  • etc.

Paradoxalement, ces enfants sont souvent malheureux à l’école, car ils ont besoin d’exprimer librement leurs talents et n’arrivent pas à se plier aux règles arbitraires ou aux codes réducteurs des systèmes scolaires classiques. Ils s’ennuient vite.

Sur le plan affectif, l’enfant surdoué est d’une sensibilité extrême, muni de capteurs branchés en permanence sur le monde qui l’entoure. Véritable éponge, il est littéralement assailli par des émotions, des sensations, des informations multiples qui lui sont le plus souvent difficiles à vivre, à intégrer, à élaborer.
L’enfant haut potentiel doit être compris dans ce double fonctionnement pour que ses ressources intellectuelles et psychologiques, qui sont potentiellement très riches, puissent s’épanouir totalement.

Hypersensibilité sensorielle et émotionnelle

Les 5 sens à fleur de peau

L’hyperesthésie sensorielle (hypersensibilité) désigne une perception exacerbée des sens. L’enfant hypersensible est constamment « bombardé » d’informations sensorielles en provenance de l’environnement qui l’entoure. Il perçoit sans relâche le monde, tout sens en éveil :

  • La vue : il peut repérer mille et un détails avec une précision étonnante. Par exemple, les éléments qui composent une scène, une pièce ou les particularités d’une physionomie.
  • L’ouïe : il peut écouter plusieurs sources sonores simultanément ou récolter en même temps des informations diverses de provenances multiples.
  • L’odorat : il peut distinguer un grand nombre d’odeurs et leur donner du sens (se remémorer un événement, une personne, un lieu, etc.)
  • Le goût : ses papilles gustatives apprécient des mets aux saveurs prononcées que la plupart des enfants ne supportent pas.
  • Le toucher : le contact physique est important pour lui, il représente un moyen de communication non verbal avec les autres.Toucher des objets complète également sa vision du monde. Son besoin de contact est très élevé et indispensable à son équilibre affectif.

Des singularités affectives

L’hyperesthésie émotionnelle est un autre facteur capital à prendre en considération chez l’enfant zèbre. Elle est conditionnée par des caractéristiques affectives qui vont façonner son développement et construire son identité. Voici les principales :

  • L’empathie : ces enfants ont vite les larmes aux yeux, des difficultés à gérer et à exprimer leurs émotions. Ils sont sensibles aux ambiances, perçoivent avec une grande finesse l’état émotionnel des autres, comme un sixième sens.
  • La lucidité : l’enfant HP a une compréhension approfondie du monde, un esprit critique qui ne pardonne rien aux ambivalences et un sens ardent de la justice.
  • L’incapacité de « lâcher prise ».
  • Une grande susceptibilité : il adore faire de l’humour, mais tolère difficilement qu’on en fasse à son égard.
  • L’impatience : l’attente représente pour lui un espace de vide qui va se remplir de pensées incessantes et générer un sentiment d’insécurité.
  • L’intolérance à la frustration et à l’échec : différer un plaisir c’est laisser place aux doutes et aux interrogations, donc aux angoisses.

Mieux comprendre l’hypersensibilité et son impact sur le quotidien de l’enfant haut potentiel

Un déferlement émotionnel

L’enfant zèbre est aux prises avec des mécanismes de fonctionnement qui dépendent étroitement de son hyper réceptivité affective et de son hyper acuité intellectuelle. Ses réactions peuvent le conduire à des comportements excessifs, voire inexpliqués de la part de son entourage.

Considéré individuellement, c’est une véritable richesse de bénéficier de sens développés. Pourtant, l’enfant surdoué le vit comme un handicap, car ses sensations sont perpétuellement sollicitées et engendrent du stress. Ainsi, lorsqu’il se retrouve dans des environnements riches en stimulations de toutes sortes (supermarchés, fête foraine, complexe aquatique, etc.) il doit inconsciemment supporter l’insupportable : odeurs, bruits, lumières, mouvements divers, tout en même temps. Il les reçoit en flux continu. Le résultat ? Dans sa tête ça bouillonne, il n’en peut plus et a les nerfs à vif ! Il faut bien considérer qu’il ne le fait pas exprès. Son cerveau est incapable de traiter une seule information à la fois.
Pour comprendre cet enfant, il faut savoir distinguer ses émotions naturelles (peur, colère, joie, tristesse) de ses réactions émotionnelles parasitaires : stress que le cerveau va décharger en tempête émotionnelle.

Citons quelques indices comportementaux :

  • votre enfant ne supporte pas les étiquettes sur les vêtements, il gesticule et s’irrite.
  • certaines odeurs que vous percevez à peine le mettent dans tous ses états.
  • il fait des crises lorsque vous faites les courses et vous ne comprenez pas.
  • il s’énerve vite, pour un rien et cela vous laisse perplexe. Vous pensez à tort qu’il a un mauvais tempérament.
  • etc.

Les mécanismes de défense de l’enfant haut potentiel

Pour parer à son hypersensibilité, il a recours à des réflexes qui lui sont propres, mais qui déstabilisent son entourage :

  • La colère est sans doute la parade la plus connue, mais pas nécessairement comprise. Cette émotion fait face à un sentiment de frustration, d’injustice ou de blessure. Il est inutile de raisonner un enfant en colère, sa capacité de réflexion n’est pas active. Il est en train de lutter pour redonner à sa « bulle » son sentiment d’unité. C’est presque une question de survie !
  • Le masque d’insensibilité : pour lutter contre l’empathie qui le fait souffrir, l’enfant joue au dur et se réfugie dans le déni.
  • L’opposition : par la provocation, il teste les limites des adultes qui l’entourent, à la recherche paradoxalement d’un cadre rassurant qui lui imposera des limites. Plus l’adulte tiendra bon, plus l’enfant se sentira en sécurité.
  • Le repli sur soi : se sentir incompris, avoir peur de tout, se protéger des hyper stimulations sensorielles qui épuisent et inquiètent, sont autant de raisons qui poussent l’enfant dans ses retranchements.

5 conseils pour vous aider à accompagner l’hyperesthésie

L’enfant HP fonctionne surtout avec son cœur. Il manque cruellement de confiance et d’estime en lui. Pour répondre à ses besoins affectifs (être aimé, respecté, accompagné, apprécié pour ce qu’il est) et pour ne pas se laisser dépasser, en tant qu’adulte, par toutes ces rafales émotionnelles, adoptez l’éducation positive. En faisant preuve de bienveillance, vous lui apporterez tout ce dont il a besoin pour être rassuré et se construire.

En voici 5 principes fondamentaux :

1- Être à son écoute, prendre soin de son besoin de sécurité en créant un cadre de vie sécurisant avec des règles familiales énoncées et respectées.

2- Anticipez les sources de stress :

a) évitez les endroits riches en stimulation ;

b) protégez-le des stimulations sensorielles (lunettes de soleil, chapeau) ;

c) en cas de problème, détournez son attention sur des objets précis, etc.

3- Reconnaître ses sensations difficilement supportables : coupez les étiquettes.

4- Permettez-lui de faire des choix : vêtements, chaussures, etc.

5- Aidez-le dans la gestion autonome de ses émotions.

« Les enfants précoces ne sont pas des enfants comme les autres, mais comme les autres, ce sont des enfants. » (Docteur Olivier REVOL).

Admettre la différence de l’enfant haut potentiel hypersensible et les difficultés qui lui sont spécifiques devrait progressivement permettre de modifier les idées toutes faites à son propos. Accepter et transformer ses belles différences l’aidera à se protéger de ses tendances à l’autosabotage et à moins se sentir en décalage avec le monde qui l’entoure.

Article rédigé par Carole Belloeil, rédactrice web.

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